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Rabbi dit : « Yom Kippour
est nécessaire à la Téchouva, mais la Téchouva
n’est pas nécessaire à Yom Kippour. »
(Traité Yoma 95b). Même s’il est probable que
cet axiome ne prend tout son sens qu’à une époque
où le Temple est bel et bien en place, toujours est-il
qu’apparaît ici clairement la spécificité
du Yom Kippour comme ne dépendant pas des actions de l’homme.
Nous savons qu’il existe différents
niveaux de fautes.
Pour certaines, la Téchouva ne suffit pas et il faut attendre
Yom Kippour pour voir la faute s’effacer totalement et son
auteur blanchi (Traité Yoma 85a). Or, pour comprendre ce
mécanisme, il nous faut d’abord élucider la
notion de Kédoucha (sainteté).
On distingue dans ce monde trois dimensions : l’endroit,
le temps et l’homme.
La Kédoucha se dévoile dans ces trois dimensions
avec différents niveaux d’intensité. Concernant
l’endroit, il y a la Kédoucha de la Terre d’Israël,
puis celle de Jérusalem, puis celle du Mont du Temple,
etc. Il en est de même sur l’échelle du temps
(jours de semaines, puis Yom Tov, puis Chabbat) et sur l’échelle
humaine (Israël, puis Lévi, puis Cohen). Le summum
de la Kédoucha dans la dimension du temps se traduit par
une extrême intensité du dévoilement divin
durant ce moment précis. Dieu est proche, bien plus qu’à
l’accoutumé. Comme il est dit: “Cherchez Dieu
pendant qu’Il est accessible; appelez-le tandis qu’Il
est proche.” (Isaïe 55,6). Cette intensité constitue
la particularité des dix jours de pénitence, et
davantage encore de Yom Kippour. Et quelles mitzvot positives
sommes-nous tenus d’accomplir, d’après la Torah,
en ce jour si spécial ? Aucune !
Certes, nous prions, mais c’est là un décret
de nos Sages. Par contre, nombre d’interdits, qui imposent
à l’homme de s’éloigner des affaires
matérielles courantes. En ce jour, nous cherchons à
nous effacer totalement, car ce n’est pas l’homme
qui fait Yom Kippour, c’est Dieu. La lumière est
émise, et notre rôle consiste simplement à
ne pas lui faire obstruction. C’est pourquoi nous nous abstenons
de tout ce qui est susceptible d’empêcher cette lumière
de pénétrer dans nos cœurs. Par exemple, à
propos de l‘interdiction de manger et de boire, nos Sages
enseignent qu’avant de manger, l’homme est partagé
: il est un peu idéaliste et un peu matérialiste.
Il peut être plein de motivation pour agir pour de grandes
causes, pour étudier la Torah et autres. Mais après
le repas, il se ramollit et perd de sa vigueur. C’est ce
que le Zohar appelle : le combat du repas, ou, comment manger,
tout en ne portant pas atteinte à nos bonnes intentions
(voir Baba Batra 12b et Orot Hakodech 3, 290). Mais à Kippour,
il n’est pas question de prendre un tel risque, donc, nous
nous abstenons.
Il est vrai que l’homme est tenu d’agir et d’être
actif, mais il lui faut aussi savoir être passif quelquefois.
Un homme doit étudier la Torah, et pour cela, il doit s’asseoir,
écouter, s’imprégner. Par cette passivité,
l’homme atteint un niveau hors du commun car il se fait
le réceptacle de la parole divine. C’est dans cet
esprit que la Torah n’a prescrit aucun commandement positif
à Kippour. Ce n’est que plus tard que nos Sages décidèrent
d’aider l’homme dans cette tâche en instituant
des prières. Bien sur, nous devons faire Téchouva,
en particulier pour les fautes envers son prochain; d’abord
parce qu’elles ne sont pas expiées à Kippour,
mais aussi parce que chaque faute se dresse en obstacle qui nous
empêche de capter la lumière. Rabbi Akiva dit : «
Soyez bienheureux Israël ! Qui vous purifie ? C’est
votre Dieu qui est au Ciel, comme il est dit : Le mikvé
d’Israël, c’est Dieu. » (Traité
Yoma 85b).
Le mikvé purifie celui qui s’y trempe, même
par inadvertance (Rambam, Lois sur les Mikvaot, 1, 8), à
la seule condition que rien ne fasse écran entre les eaux
et le corps de l’homme (’hatsitsa). Et c’est
en cela que consiste notre travail le jour de Kippour. Dieu nous
cherche, nous interpelle, descend vers nous, et de notre côté,
nous devons faire tous les efforts possibles pour que rien n’interfère
et pour rendre notre âme apte à s’emplir de
présence divine. A l’époque du Bet Hamikdache,
l’essentiel du travail de Yom Kippour incombait au Cohen
Gadol.
Quant au peuple qui était rassemblé dans la grande
cour du Temple (la ‘azara), dès qu’ils entendaient
le Cohen Gadol prononcer le Nom ineffable, ils se prosternaient
et tombaient sur leur face (Traité Yoma 66a). Par cette
passivité, le peuple captait et se laissait envahir par
la présence divine, au point d’atteindre un niveau
spirituel exceptionnel.
Malheureusement, aujourd’hui,
nous ne pouvons entendre le Nom ineffable au Temple. Toutefois,
nous devons nous efforcer de comprendre la grandeur de Yom Kippour,
et de saisir le sens de ce processus unique. Ainsi, nous sentirons
davantage le besoin de nous préparer en faisant Téchouva,
en demandant pardon à ceux envers qui nous avons fauté,
et en purifiant nos pensées, pour alors parvenir à
faire pénétrer en nous cette lumière divine,
si proche et si puissante, “appelez-le tandis qu’Il
est proche”.
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