|
Rav Saul David BOTSCHKO
Yom Kippour devrait précéder
Roch Hachana.
A Yom Kippour, nous revenons vers D-ieu de tout notre coeur, nous
faisons "Techouva". Ce n'est qu'après cet effort
que nous devrions nous présenter au jour du jugement qu'est
Roch Hachana, afin que Dieu, dans Sa Miséricorde et par
le mérite de notre sincère repentir, nous accorde
une nouvelle année.
L'examen de certains événements
de l'histoire va nous permettre de comprendre un enseignement
du Rav Kook, et grâce à cet enseignement nous saisirons
mieux la signification respective des deux pôles de ces
journées redoutables.
Il explique qu'il y a plusieurs degrés
dans l'échelle du Repentir; Mentionnons les deux premiers
échelons (Orot Hatechouva chap 1) : il y a le "Repentir
naturel", inconscient pourrait-on dire, puis il y a le Repentir
conscient, le retour à D-ieu qui prend sa source dans les
lois de la Thora.
Le "Repentir naturel" est une correction que l'homme,
la nature elle-même parfois, entreprend pour améliorer
une situation devenue intolérable par la faute; c'est après
la prise de conscience de la nature de ce changement que l'homme
peut revenir à la Thora qui l'appelle sans cesse. L'histoire
a montré un grand mouvement de "retour naturel":
durant 70 ans le communisme avait prôné la fin des
religions, l'inexistence de D-ieu et la vanité de toute
tentative de s'accrocher à des idéaux qui prennent
leur source dans une Révélation. Et voici que la
roue de l'histoire a tourné. Même en Russie ce parti
devient hors la loi; et, comme au temps de l'Egypte où
D-ieu punit les idoles, les statues sont déboulonnées
et détruites. L'effondrement de ce mouvement par lui-même
, selon le Rav Kook était un événement prévisible.
En effet, l'Univers ayant ses fondements sur la Parole de D-ieu,
il ne subsiste que si l'homme la respecte.
Le Rav Samson Raphaël Hirsch développe également
cette idée sur un verset des Psaumes chap. 92, 8) :
"Lorsque les méchants éclosent comme l'herbe
des champs et que réussissent tous ceux qui fabriquent
le mal, c'est pour être finalement détruits pour
l'Eternité". qu'il commente ainsi : "les méchants"
sont ceux qui méprisent les valeurs morales; "ceux
qui fabriquent le mal" sont les puissants qui abusent de
leur autorité. Si les leaders démontrent par leur
mauvais exemple comment le pouvoir peut être utilisé
à des fins personnelles, il en résultera le mépris
généralisé pour tout ce qui est moral et
la dissémination de cette attitude dans toutes les couches
de la société.
Même l'homme le plus puissant périra, si, par son
mauvais exemple, il a dépourvu les masses des vestiges
de la conscience morale. Comme corollaire de l'immoralité
qu'il aura luimême contribué à étendre,
il ne trouvera personne en qui il pourra placer sa confiance.
Inversement, il est vrai que chaque fois que des nations ont succombé
à la corruption morale, elles ont produit des tyrans qui,
à leur tour, devinrent l'outil redoutable qui écrasèrent
ces masses corrompues et les amenèrent à leur perte
avant de succomber à leur tour. Tyrannie personnelle et
corruption à l'échelle nationale, entraînent
ces hommes et ces sociétés à leur ruine mutuelle.
Aucune intervention directe de D-ieu n'est nécessaire.
Aucune société ne peut subsister sans morale et
sans respect pour ce qui est juste.
C'est cela l'ordre du monde que D-ieu a créé: c'est
une loi immuable de la création que “le mal et la
violence périront”. C'est cela que nous proclamons
à Roch Hachana lorsque nous sonnons le Chofar. Par ce son
strident et puissant, nous proclamons que D-ieu est le Véritable
Roi de l'univers, qu'il a donc conçu des règles
auxquelles nul ne peut déroger. La "Tekia", le
son long qui inaugure la sonnerie, représente le fondement
du monde, droit et solide. La Teroua et les "Chevarim",
des sons brisés, sont la cassure de ce monde abîmé
par l'homme. Mais la sonnerie se termine par une nouvelle Tekia
: irrémédiablement, le monde avance vers un "Tikoun",
son rétablissement pour devenir une Tekia Guedola, les
temps messianiques où l'homme aura abouti dans sa démarche
avec D-ieu pour la perfection du monde.
C'est ce chemin vers D-ieu sur lequel
l'homme se déplace même sans en être conscient,
qui l'amène à la Techouva réelle, le retour
conscient et volontaire vers D-ieu que nous réalisons à
Yom Kippour.
|